Un pas de l'autre côté de la ligne

Le blog littéraire de Napalm dave. Textes et dessins Sf, fantastiques et fantasy. Franchissez la ligne, et découvrez les autres réalités!

13 mai 2008

Avis personnalisé sur "Aube Mortelle"

Je ne coupe pas à la tradition des AT et poste ici les commentaires tout frais qui me sont arrivés ce matin sur Aube Mortelle, maintenant en ligne sur les Traversées oniriques. Autant dire qu'ils font chaud au coeur!

Bonjour,

 

Voici votre avis personnalisé pour la nouvelle "Aube mortelle", que nous avons mise en ligne tout récemment^^

Nous avons trouvé votre nouvelle très bien construite et du coup efficace : en effet, elle est à la fois réaliste en ce qui concerne les combats d'avions (cela faisait un peu ambiance seconde guerre mondiale) et à la fois SF avec des éléments donnés au bon moment. L'atmosphère est donc tout à fait maîtrisée, tout autant que le style comme à votre habitude (très visuel) ainsi que la structure interne du texte. L'aspect anecdotique de la "journée de guerre" était très bien assumé. Comme vous le voyez, votre nouvelle a fait l'unanimité au sein du jury! Voici d'ailleurs des avis d'autres membres du jury :

"Bravo pour cette nouvelle qui nous emporte dans cette guerre et qui nous y livre ses horreurs et ses secrets. La nouvelle est bien écrite et le fil de l'histoire se tient et coule agréablement vers une fin positive"

"Une nouvelle réussie dans tous ses aspects : sur le plan humain, à travers une héroïne attachante dans ces quelques pages partagées avec elle, sur le plan "journée de guerre", avec l'anecdotique assumé et des plans de combat très bien décrits, et enfin sur le plan SF, avec des éléments introduits avec beaucoup d'habileté. Le texte se lit bien, jusqu'à sa fin qui est, peut-être, un peu rapide."
Enfin je peux vous dire qu'en tant que femme ce n'était pas désagréable d'avoir pour une fois une héroïne, surtout sur un sujet pareil.

Voilà nous espérons vous retrouver très bientôt pour un prochain concours :)

Cordialement,

 

Hélène

Et oui, une femme, une vraie, comme héroïne, j'ai tendance à préférer les héroïnes pour leur psychologie souvent plus développée et délicate à saisir!

Et comme ce message est le 109ème (j'ai pas fait exprès), l'illustration sera celle du Messerchmitt 109, le chasseur allemand ultra-célèbre qui m'a inspiré le terrible "Aengel 204" de la République de Spartàn:

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Et un modèle... israélien des années 50 ! Quelle ironie de l'histoire qui rattrape celle de mon récit, n'est-ce pas?

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26 avril 2008

Traversées Oniriques: et deux nouvelles de SF pour le prix d'une!

    Je ne boude pas mon plaisir en vous annonçant la publication simultanée de mes deux nouvelles de science fiction  "Le Temps des poussières" et "Aube Mortelle" sur le site des  "Traversées  Oniriques".
Séquence "gonflage de chevilles" donc, mais pour ceux qui aiment la SF "académique" de derrière les fagots, voilà au moins un peu de lecture gratuite. Vous remarquerez sans doute qu'elles se déroulent dans le même univers mais le jury des Traversées n'a pas tout de suite fait le rapprochement. Maintenant, leur arrivée simultanée sur le site prend une toute autre saveur.

Posté par napalmdave à 10:57 - Science fiction - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 septembre 2007

Avis personnalisé sur "Le temps des poussières"

L'avis de l'équipe des Traversées Oniriques sur cette nouvelle de Sf est arrivé dans ma boîte, le voici:

Bonjour,

 

Nous avons été très heureux de vous retrouver pour ce concours !

Comme nous vous l’avions dit précédemment, votre nouvelle a d’ailleurs remporté ce concours, ex-aequo avec La fille de la baie. Encore toutes nos félicitations !

A présent, je vais vous donner votre avis personnalisé. Comme d’habitude, je vous signale que cet avis est purement indicatif et non professionnel, et n’existe qu’à des fins d’encouragement de nos auteurs. En voici la teneur :

 

Tout d’abord, je veux juste vous dire que votre nouvelle a suscité des avis plutôt partagés. En effet, nous l’avons trouvée globalement moins bonne que Le Grand-Père des Crêtes, celle que nous avons déjà éditée de vous. Cependant, comme ce concours a été mal exploité et surtout un peu mal compris par l’ensemble de ses participants, nous avons choisi d’être plutôt indulgents. Mais ne vous inquiétez pas non plus : cette nouvelle avait quand même de très bons points positifs, sinon nous ne l’aurions pas sélectionnée ;)

Dans ces points positifs justement on peut mettre en avant votre univers, particulièrement poussé et recherché. Il nous a fait penser à d’autres ambiances post-apocalyptiques, telles que Warhammer 40 000 ou encore le film Planète Hurlante. De plus votre style est toujours aussi professionnel, et vous savez toujours bien décrire l’univers par petites touches, petites allusions bien utilisées et bien insérées.

De même, on pénètre très facilement dans l’histoire, qui se lit avec plaisir. L’ambiance post-apocalyptique est bien rendue, certainement mieux que dans les autres nouvelles (elle s’approche sûrement le plus de ce que l’on recherchait), mais on regrette parfois l’absence de temps de description plus longs. Ces sortes de parenthèses auraient ainsi pu à la fois mieux développer le décor, comme ce qui était demandé pour ce concours, et à la fois préserver des temps plus calmes entre les scènes d’action, ce qui aurait permis de mieux savourer cette nouvelle.

En effet, le gros bémol que nous pouvons dire sur ce texte est qu’il s’essouffle un peu sur la longueur, chose à laquelle vous ne nous aviez pas habitués. On a un peu de mal à savoir où vous voulez en venir, et vous vous embrouiller par moments. En réalité la fin en elle-même est bien, l’action est bien décrite tout du long, mais vous avez trop délaissé certains aspects que vous nous avez juste laissés entrevoir, nous laissant sur notre fin : les poussières qui provoquent des hallucinations, etc. Finalement on finit de façon trop rapide sur le fanatique, et on perd un peu de la dimension réflexive qui transparaissait dans le reste du texte.

Enfin, je voulais signaler, de façon plus personnelle, que pour ma part j’en ai un peu marre que le post-apocalyptique soit forcément assimilé à de l’univers militaire. J’aurais aimé lire dans votre texte le même style d’ambiance au niveau post-apocalyptique, mais tourné sur une partie civile. J’aurais aimé pour ce concours avoir des nouvelles centrées sur la vie de survivants civils, perdus au milieu de l’univers dévasté.

militaire_comique

En réalité, l’autre nouvelle qui a gagné ce concours a justement été l’inverse : l’auteur, Clément Noctis, a développé principalement l’aspect « petit groupe survivant », dans une ambiance que l’on attendait, mais du coup a délaissé ce que vous avez bien développé, c’est-à-dire le côté Béton et ferraille.

 

Quoi qu’il en soit, nous vous remercions encore pour votre participation ! En ce qui concerne l’édition de votre texte, nous allons faire comme d’habitude : le mettre en ligne tel quel, avec seulement des corrections d’ordre orthographique ou grammatical, que je vous demanderai peut-être de valider. Nous avons en effet pris la décision de changer le moins possible les textes reçus, d’éditer en quelque sorte la matière brute. En ce qui concerne le papier à envoyer nous permettant l’édition en ligne de votre texte que nous avions demandé la dernière fois, je ne vous le redemande pas cette fois-ci. Je vous fais confiance pour nous prévenir si vous souhaitez éditer ce texte ailleurs, surtout sur papier, afin que nous nous mettions en accord avec les droits d’auteur.

Je vous tiens au courant pour la mise en ligne de votre texte, si vous êtes toujours d’accord !

A bientôt donc !

 

Hélène au nom de toute l’équipe.

Posté par napalmdave à 12:18 - Science fiction - Commentaires [0] - Permalien [#]

04 août 2007

"Le temps des Poussières" bientôt en ligne

Doublé  gagnant dans tous les sens du terme puisque ma nouvelle "Le temps des poussières" ressort première ex aequo du concours SF-04 des Traversées Oniriques. Vous aurez donc le plaisir de la lire à la rentrée sur le site de l'association en même temps que celle de Clément Noctis, l'autre gagnant avec "la fille de la baie". Deux premiers prix pour le pris d'un donc. En attendant l'avis détaillé du comité et le texte en ligne, en voici un résumé extrêmement succint:

titre: "Le temps des poussières"
genre: SF (post-apocalyptique)
type: nouvelle
état: achevée, en cours de finitions, bientôt soumise aux "Traversées Oniriques".
résumé: La petite monarchie parlementaire de Bors a retrouvé l'emplacement de Thyatire, un monde mort dont les milliards d'habitants semblent s'être entre-exterminés au cours de guerres de religions. Elle y envoie une expédition à la mesure de ses moyens: un petit escadron de reconnaissance... Mais les ruines figées par le froid commencent à produire de drôles d'effets sur l'imagination des soldats, jusqu'à faire naître le pire des poisons: la paranoïa.

Voici ce que donne maintenant le tableau magique des AT:

                                                                                       
 

Titre

 
 

Type de document

 
 

Organisateur

 
 

Résultat

 
 

« L’utopie des Magonians »

 
 

Nouvelle, SF (uchronie)

 
 

Songes du crépuscule

 
 

Publié !!! ici

 
 

« La complainte d’Emerata »

 
 

Nouvelle, Fantasy

 
 

Parchemins et traverses

 
 

En attente, verdict repoussé jusqu’à nouvel ordre…

 
 

« Antechristus »

 
 

Nouvelle, SF (space-opéra)

 
 

Traversées oniriques

 
 

Finalement refusée

 
 

« Le prix de Zarathus »

 
 

Nouvelle, Fantasy

 
 

L’antre de la Louve

 
 

Publiée dans le fanzine Mort Sûre, n°2 !!!

 
 

« Psychomachie »

 
 

Nouvelle fantastique

 
 

Traversées oniriques

 
 

Refusée

 
 

« Syrthus d’Oustremande »

 
 

Nouvelle, fantasy

 
 

Songes du Crépuscule

 
 

Non gagnante mais Disponible en ZIP ici

 
 

« La griffure »

 
 

Nouvelle, fantastique

 
 

Mort Sûre

 
 

Retenue, publication prochaine !

 
 

« Le Grand-père des Crêtes »

 
 

Nouvelle, fantasy

 
 

Traversées oniriques

 
 

Publiée ici !

 
 

« le jeu du chat mortel »

 
 

Nouvelle, fantastique

 
 

Nuits d’Almor

 
 

Refusée, réécrite et insérée dans un recueil.

 
 

« Le temps des poussières »

 
 

Nouvelle, science-fiction

 
 

Traversées Oniriques

 
 

Retenue, publication prochaine

 

 

Posté par napalmdave à 11:27 - Science fiction - Commentaires [1] - Permalien [#]

23 février 2007

Antechristus

Extrêmement débordé ce mois, ci! Mon bateau ivre littéraire est en réalité un "bateau ivrogne" qui prend l'eau tant je suis dépassé par la multiplicité des AT et les soucis quotidiens qui m'empêchent d'écrire comme je le voudrais. En attendant voici Antechristus, une grosse nouvelle de Sf bien classique, voire archiclassique écrite à la base pour les "Traversées Oniriques. Bonne lecture!

Antechristus

Le commandant Harlenn Cobbius poussa un grognement ensommeillé et éteignit à l’aveuglette la sonnerie stridente du signal de réveil. Articulant à peine un juron entre ses dents, il frotta longuement ses yeux avant de pousser fermement le clapet déverrouillé de la capsule de stase.

Il ne détestait pas le travail d’habitude, sauf peut-être en cette occasion précise. Il espérait bien qu’en tant  que capitaine d’un vaisseau dériveur au long cours, ses deux dernières années avant la retraite se passeraient le plus tranquillement du monde. Mais c’était sans compter sur la chance, ou plutôt la malchance en l’occurrence, de tomber sur « quelque chose » avant l’échéance tant attendue. Et là, ce « quelque chose » venait d’arriver !

-« Pas de panique vieux ! Ce n’est peut-être qu’une avarie, une bête avarie à réparer avant de se rendormir ! » Se dit il sans trop y croire.

Car en vérité, l’ordinateur central d’un dériveur contrôlait tout durant le sommeil des passagers. Il pouvait faire face à la plupart des pannes et des petits dégâts sans l’aide de personne, juste à l’aide de sa cohorte de programmes et de robots servants aux multiples formes, une vraie gouvernante en somme ! Il était donc très rare que l’équipage soit réveillé pour autre chose  qu’une « trouvaille » située dans le secteur actuel du dériveur, seules les alertes collision, les disfonctionnements généralisés, et autres procédures d’urgence l’exigeaient. Les militaires pouvaient s’enorgueillir d’avoir du matériel et des blindages derniers cris, les systèmes informatiques les plus perfectionnés étaient montés sur des « rafiots » comme celui-ci, le Reviler.

Des militaires, justement, Harlenn Cobbius en avait trois délégués à ses ordres, et il les cherchait déjà des yeux, fronçant les sourcils pour se protéger de la lumière agressive de la salle de stase. Il n’en vit toutefois aucun, seule était déjà debout « sa » télépathe de service.

-« Bien dormi ? » Fit elle, sourire aux lèvres.

Cobbius la détailla un instant. « Jana », c’était son nom, était une belle grande fille rousse, mince et pâle de peau ; ce qui ne risquait pas de s’arranger avec les longs séjours dans l’espace. Fine et gracieuse, Jana aurait sans doute fait se retourner nombre d’hommes sur son passage. Mais là, son ensemble « toute saison nuit spatiale », constitué d’un tee-shirt kaki délavé et d’une petite culotte blanche unie n’avait rien de sexy en vérité. Le capitaine se contenta de lui répondre par un grognement qui aurait pu paraître mal aimable de la part de quelqu’un d’autre, mais qui était tout à fait habituel de la sienne.

A cinquante-huit ans, Harlenn Cobbius était encore grand et athlétique et pouvait largement en redire à d’autres hommes plus jeunes. Sa peau noire avait tendance à pâlir, elle aussi, avec l’âge, et ses cheveux grisonnants commençaient à déserter ses tempes et le dessus de son front.

-« Enfin un peu d’activité ici ? Pas trop tôt ! Si ça continue, c’est ma momie qu’on va disséquer ! » Dit en s’étirant le technicien Arrius Roeland. Et il accompagna cette phrase recherchée d’un bâillement sonore.

Haussant un sourcil, le commandant Cobbius regarda se réveiller lentement les membres de son équipage, qu’il connaissait parfaitement. Un dériveur n’avait besoin que de quatre hommes pour les manœuvrer tant ce genre de vaisseaux était automatisé : un officier (en l’occurrence lui-même), un ingénieur et deux techniciens. Ces postes étaient occupés par le chef opérateur Marcus Hiéron et sa « paire de bras cassés » comme il aimait à les appeler, les techniciens Arrius Roeland et Temisto Blike. Autant Hiéron se montrait sec, pointilleux et même pénible certaines fois, autant ces deux là ne brillaient pas par leur empressement à la tâche. Mais ils savaient se montrer efficaces dans l’urgence et s’acquittaient honorablement de leur charge la plupart du temps.

Venaient ensuite les membres de l’équipe d’exploration, les « passagers » comme aimaient à les appeler Roeland et Blike. Il n’empêche que ces passagers là étaient sans doute les gens les plus indispensables à leur mission car là était la tâche qui leur était dévolue, là se justifiaient leurs salaires et leurs primes de risque rondelettes payées avec l’argent du contribuable : éclairer et rendre compte de toute chose digne d’être mentionnée comme entrant dans l’espace de l’Union. Ce « toute chose » comprenait aussi bien les corps spatiaux et les planètes non encore répertoriées, les épaves suspectes, les intrusions de forme de vies inconnues, en bref tout ce qui était inhabituel et méritait un traitement spécial de la part de l’Union, cette grande famille des états galactiques.

Pour faire face à l’inconnu, Cobbius, comme la plupart des autres capitaines de dériveurs, disposait de deux biologistes et d’un télépathe, une demoiselle pour ce qui concernait le « Reviler ». Les deux premiers étaient sensés travailler en équipe mais étaient aussi différents que le jour et la nuit. Autant le docteur Cartero était une femme passionnée, téméraire et enthousiaste à l’extrême. Autant son collègue, le non moins brillant petit professeur Jim Wu, était un être froid et appliqué à la tâche. Il n’en était pas pour autant moins sympathique, juste beaucoup moins communicatif. Cela était mieux en somme, et correspondait, de plus, au protocole scientifique voulu par l’Union : chaque chercheur devait être la critique et le garde-fou de son collègue ; et en l’occurrence, la géniale et bouillonnante Junia Cartero en avait besoin !

Il était maintenant d’usage, au sein de chaque dériveur, d’avoir « son » télépathe, un de ces mutants triés dès la naissance et entraînés comme il se doit dans des centres spécialisés. Comme tous les « fouilleurs de cerveaux », Jana 0137 était affublée d’un nom à quatre lettres et d’un numéro à quatre chiffres distribués aléatoirement par un ordinateur des services démographiques. Ceux-ci se contentaient autrefois du prénom, mais le nombre de combinaisons s’avérant limité, les télépathes se virent attribuer progressivement ces charmants matricules. Le numéro de Jana prouvait qu’il existait au moins cent trente six autres Jana circulant sur tout l’espace de l’Union, sur d’autres vaisseaux, au sein de stations ou de cités populeuses, dans des avant postes isolés sur des cailloux gravitant autour d’étoiles désertes et oubliées des dieux…

Le nom de Jana 0137 sonnait peut-être comme un mauvais pseudonyme de forum de rencontre, la jeune femme n’en était pas moins respectée par tout le monde à bord dans le sens où par la seule arme de sa matière grise, elle pouvait connaître vos moindres pensées et même vous « punir » en provoquant dans votre tête vertiges, nausées, acouphènes et autres effets indésirables. Il valait donc mieux éviter de plaisanter avec les télépathes !

Le seul à s’y risquer était ce « philosophe involontaire » de Roeland, qui ne pouvait s’empêcher de servir ses maximes si « spirituelles » au reste de l’équipage. Celui là se plaisait même à nourrir toutes sortes de pensées impures en sa présence, « une satisfaction narcissique exprimant des fantasmes exhibitionnistes refoulés » aurait sans doute dit un psychiatre du Corps Médical de l’Union. Sauf que cela faisait bien longtemps que Roeland n’avait pas vu de psy depuis des éons, et cela était sans doute mieux ainsi, sans quoi il se serait peut-être révélé comme étant le cas du siècle du point de vue de la libido !

Cette dernière pensée de Cobbius arracha un rire étouffé à la jeune femme, elle qui bien sûr, n’ignorait rien de tout cela.

Les trois soldats formant la « redoutable armada » du Reviler venaient enfin de se lever. Le sergent-chef Janos Banric, avec les échelons ornant son bel uniforme gris, n’avait que deux subordonnés pour assurer la sécurité de l’équipage : les première classe Rier Neels et Buckabàr, le seul représentant à bord des « minorités non humaines ». Ce dernier était un membre de la nation fédérée des Tanyssiens, un peuple de farouches guerriers qui auraient pu donner du fil à retordre aux colonisateurs du passé s’il n’en étaient pas resté au stade technologique pré médiéval. L’armée était sans doute pour eux la meilleure méthode d’intégration, pour ne pas dire la seule possible, et les bureaux de recrutement ne désemplissaient jamais de jeunes Tanyssiens des deux sexes, caressant l’espoir de faire carrière et d’envoyer un peu d’argent à leur famille.

Buckabàr, comme tous les Tanyssiens, n’avait pourtant rien de très inhumain à l’exception des plaques cornées parsemant sa peau, ou cette natte étrange, poussant en lanière épaisse sur son long crâne lisse.

Neels, lui, était un rouquin qui ressemblait à Roeland comme un frère, bien que beaucoup plus frêle. Banric, l’officier, était affublé d’un physique particulièrement quelconque ; sa brosse brune et sa carrure solide lui donnaient toutefois une allure martiale.

Ce trio là constituait la « première ligne » en cas de confrontation avec un ennemi quel qu’il soit ; pillards, rançonneurs, terroristes des nombreuses factions séparatistes, sans compter le monstre extra-terrestre de passage.

En vérité, tout le monde à bord d’un dériveur avait des armes et était formé à s’en servir, bien que les forces de l’Union toujours eu des réticences à entraîner des civils. De toute sa longue carrière, Harlenn Cobbius n’avait eu à se battre que deux fois : la première en secourant les passagers d’une navette de liaison aux prises avec des skélons, ces étranges « requins de l’espace » capables de vivre et de se déplacer dans le vide intersidéral sans respirer. La deuxième fois contre des récupérateurs d’épaves un peu trop territoriaux qui avaient décidé d’ouvrir le feu  sur des membres d’équipage du Reviler, sans doute pour ne pas avoir à céder leur bien à des agents de l’Union. Ils s’étaient vite rendus et le groupe en avait été quitte pour quelques blessures et une bonne poussée d’adrénaline.

-« Je la sens pas cette alerte ! » Grommela Rier Neels en passant la main dans ses cheveux ébouriffés.

-« On ne te demande pas de sentir, ça c’est le boulot de Jana, on te demande d’être là ! » Soupira Cobbius en guise de réponse.

-« Bof ! On va dérouiller un peu nos muscles de rêve. N’est-ce pas Rouly ? » Celui qui venait de parler était Temisto Blike, le meilleur public de « Rouly » alias Roeland, et c’était plutôt heureux pour un technicien sensé travailler en binôme avec le « Roi de l’humour ». En fait d’avoir un corps de rêve, Blike était aussi large que haut, une petite boule, d’une peau beaucoup plus noire que son supérieur, et doté d’une bonne masse de muscle sous sa graisse acquise à force de concours de bière et de gloutonnerie.

-« Je ne sais pas plus que vous pourquoi la « nounou » nous a tirés du lit, mais comme ce sera certainement la dernière mission que vous ferez sous mes ordres, alors je demande à tous un gros effort d’application ! » Clama le commandant d’un ton paternel. On aurait dit un instituteur préparant sa classe à une leçon particulièrement difficile. « Vous, les Marx brothers, à vos postes et que ça saute ! » Dit-il en désignant le duo Roeland-Blike.

Les techniciens s’exécutèrent en échangeant quelques bonnes plaisanteries, tandis que la troupe des « passagers » se dirigeait d’un pas encore lourd vers la passerelle.

-« Chiotte ! »

-« C’est quoi ça ! »

-« Mince alors ! »

La découverte aurait émerveillé n’importe qui d’autre, mais pas Cobbius et ses militaires, le vieux capitaine n’avait pas besoin de ça à moins de deux années galactiques d’une retraite de millionnaire tant attendue. Seule restait bouche bée, l’air béat, le docteur Cartero avec sur son visage l’expression d’un enfant qui découvre un fabuleux cadeau de noël. Jim Wu, lui, comme à son habitude, avait sorti son calepin où il notait, « à l’ancienne », ses découvertes et ses impressions. Le petit livre était entièrement recouvert de croquis et de signes griffonnés à la hâte, comme des figures et des symboles cabalistiques, des vérités sur l’univers écrites dans l’alphabet secret du docteur Wu…

Sur l’écran géant de la passerelle se découpait la silhouette du plus étrange et atypique des astronefs. La forme en était indéfinissable, vaguement ovoïde à première vue, mais avec sans doute des renflements et des prolongements sur les côtés. Le métal, ou quoique ce fut qui en composait la coque, renvoyait des reflets verts et brillants. De longues excroissances semblables aux épines d’un poisson venimeux jaillissaient de la partie dorsale du fuselage, ainsi que sous ce qui pouvait être identifié comme la proue. Mais le plus étonnant demeurait sans doute dans la multitude de larges orifices, de forme ovale, creusant l’intégralité du blindage externe. Ceux-ci  semblaient donner sur de sombres cavités, des hangars à navettes avec pont d’envol peut-être ? C’est ce que supposait Cobbius, si tant est qu’on pouvait projeter sur cette « chose » les fonctionnalités d’un vaisseau humain.

A priori l’« intrus » semblait de bonne taille, « six bons kilomètres de long tout de même » se dit le commandant, essayant de se remémorer son service actif dans les forces de l’union et les bâtiments de guerre qu’il avait été amené à voir.

-«Ca vous dit quelque chose à vous deux ? » Finit il par demander sans trop y croire aux biologistes.

-« Je crains que non, commandant, il ne s’agit sans doute d’aucune forme d’intelligence répertoriée jusqu’à présent » Répondit fébrilement Junia Cartero.

Wu, lui, se contenta de hocher la tête négativement.

-« Et bien nous n’allons pas rester ici à nous tourner les pouces, hein ? Ce serait quand même dommage d’avoir parcouru tant de distance pour laisser ce truc dériver sans rien faire ! Jana, tu ressens quelque chose ? »

La jeune télépathe resta un instant silencieuse, à fixer la silhouette lointaine de la nef extra-terrestre par la verrière.

-« Des traces, juste des traces. Ce peut-être résiduel, mais quelque chose, comme une barrière, m’empêche d’en être sûre. » Finit elle par répondre.

-« Vous voulez dire que ce truc est encore habité ? Dit Banric en fronçant le nez. Mais ça n’a même pas l’air étanche ! »

-« Qui vous dit qu’ils ont besoin d’air pour respirer ? » Fit remarquer malicieusement le docteur Cartero au militaire, son regard en coin exprimant nettement une sorte de mépris condescendant.

-« Mmoui, surtout qu’il y a peut-être encore dans certains compartiments, ça s’est déjà vu sur les épaves que nous avons explorées ! Mais ça, c’est le scan complet qui nous le dira ! » Rétorqua Cobbius qui commençait à trouver enfin un intérêt à la mission.

-« Quant à cette barrière dont parle Jana, c’est sans doute le blindage de l’astronef qui joue un rôle, ça me paraît l’explication la plus logique car je ne vois rien d’ici qui ressemble à des boucliers. » Ajouta l’ingénieur Hiéron en se pinçant doucement le menton, une mimique qu’il arborait toujours en période d’intense réflexion.

-« Bon, et bien vous savez ce qu’il vous reste à faire les enfants ! On va tous préparer nos harnachements et aller voir à l’intérieur, je crois que ça va s’imposer ! » S’exclama le capitaine.

Aux regards inquiets que venaient de lui jeter Neels et Banric, il se contenta de rajouter :

-« Vous venez tous, toux ceux qui sont là ! Roeland et Blike garderont la maison en notre absence. Je ne crois pas qu’ils s’en plaindront d’ailleurs ! ».

Des chapelets d’air glacé accompagnèrent la manœuvre de détachement de la barge d’abordage. En plus des chaloupes de secours, le Reviler disposait de deux de ces engins longilignes, un flanqué de chaque côté du vaisseau, afin de remplir ses missions d’exploration et d’investigation.  Il arrivait parfois que l’on amarre directement le dériveur à une épave, mais le commandant Cobbius n’aimait guère risquer un astronef à deux milliards de crédits. Les risques étaient multiples en vérité, même lorsque on avait affaire à une carcasse inhabitée : une fausse manœuvre, avec la gène des perturbations gravitationnelles, pouvaient provoquer collisions et avaries. Et si vous faisiez communiquer l’air du vaisseau avec celui du milieu vital de votre objectif, vous aviez toujours le risque de ramener « quelque chose » d’indésirable ou de dangereux. Un virus, une bactérie, un parasite, pouvait ensuite proliférer dans votre propre milieu et en infecter encore un autre. Cobbius n’avait nullement l’intention d’être l’irresponsable qui ramènerait, comme dans les vieilles fictions terriennes, un passager clandestin !

-« Barge Deutéronome, je vous calcule le meilleur angle d’approche, contact dans deux minutes ! » Dit la voix de Blike dans le haut parleur.

-« Bien reçu, Reviler home ! » Répondit machinalement le capitaine sans cesser de fixer des yeux l’étrange nef.

Les noms bibliques étaient usuels au sein des flottes de l’Union, qui était de base culturelle Judéo-chrétienne. Cobbius, quant à lui, n’en avait cure : le vieil officier estimait avoir vu trop de choses déconcertantes pour croire à quelque dieu que ce soit et encore moins en son omnipotence sur les phénomènes de la galaxie. Il avait tout de même connu quelques croyants parmi ses collègues de l’école navale, et même deux ou trois authentiques fondamentalistes. Ceux-ci se seraient certainement exclamés que la chose qu’ils approchaient à présent ne pouvait être que le véhicule de Satan, le « cheval de Troie » d’une force cachée et funeste. Pourtant la vision de cette nef géante aux reflets verts n’inspirait rien d’autre au commandant que de l’étrangeté. Pas de peur, ni d’appréhension, juste le sentiment de contempler une œuvre non faîte de main d’homme.

-« Angle d’approche 30°72’ ! » La voix dans la radio tira Cobbius de sa rêverie et il se redressa sur son fauteuil de pilotage, situé le plus près de la verrière circulaire de proue, juste à côté de celui de Hiéron.

De près, la structure externe de l’appareil leur apparut pleinement et cette vision arracha un sifflement admiratif à Junia Cartero. Ce qui ressemblait de loin à des sillons d’ornement s’avérait être en fait un schéma complexe de lignes et de courbes régulières et répétitives sur tout le revêtement.

-« Et bien nous voilà renseignés sur le niveau d’intelligence de ceux qui ont construit ça ! » Dit Hiéron, admiratif

La nef grossit de plus en plus à leur approche et un tremblement caractéristique s’empara de la carlingue du « Deutéronome ». Harlenn Cobbius enclencha aussitôt la manœuvre d’approche avec une parfaite décontraction. Il était parfaitement habitué aux effets de gravité et pouvait à vue d’œil choisir une technique d’approche favorable. Jana, comme toujours, n’arrivait pas s’y faire et avait sursauté sur son siège.

La barge glissa doucement vers une des ouvertures béantes de la coque, comme une immense fenêtre capable de permettre le trafic de dizaines d’engins tels que le « Deutéronome ». Un instant, tous restèrent silencieux à contempler la cavité obscure, retenant leur souffle. Les plissures en forme d’entrelacs se répétaient sur les parois intérieures de la nef et en contrebas, les puissants projecteurs de la barge firent apparaître ce qui ressemblait à un sol recouvert de dalles ovoïdes. Au fond, de multiples corridors partaient du sol au plafond, étagés en plusieurs balcons. Des formes sombres étaient posées sur des « terrasses » et projetaient leurs ombres à la lueur artificielle.

-« C’est magnifique ! » Expira à mi voix Cartero.

-« C’est ultra glauque, oui ! » Maugréa Banric qui contemplait le spectacle par le hublot latéral.

-« Méfiance ! » Dit simplement Wu, le regard fixe.

Les passagers du Deutéronome frémirent tous l’espace d’un instant lorsque leur « frêle esquif » toucha le pont, ou ce qui pouvait être dénommé ainsi, une vibration accompagnant la compression des tampons d’atterrissage.

-« Ici Deutéronome, appontage réussi Blike ! On se change et on y va. Contact toutes les trente minutes pour commencer ! »

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-« Des navettes dans un hangar à pont d’envol, vous aviez vu juste commandant ! » Disant cela, l’ingénieur Hiéron balayait le fuselage profilé de l’étrange engin avec le faisceau de sa lampe d’exploration, un véritable projecteur portable personnalisé.

Ils se trouvaient tous sur ce qu’ils avaient pris au préalable pour une plate-forme menant à l’intérieur de la nef, et qui s’était avérée être une aire d’envol. Le groupe se trouvait dans une sorte de « cathédrale » démesurée, sans limites et à la voûte obscure. Rangés dans un ordre parfait, des véhicules aux formes déroutantes étaient posés là, sans doute depuis des années à en juger par la fine couche de glace et de poussières stellaires qui s’était formée à leurs pieds.

Tout le monde avait revêtu les tenues de sortie autonomes, véritables secondes peaux bourrées d’électronique et d’une extrême légèreté. Il était loin le temps des premiers scaphandres : des bottes lestées, un pack recycleur de mélange à respirer, et un casque amovible pour une visibilité optimale ; les ingénieurs de l’Union avaient bien travaillé sur leurs « prêt-à-porter ». En réalité, leurs armes et leurs protections militaires pesaient beaucoup plus lourd, en dehors peut-être de l’éternelle mallette d’analyse que la frêle Junia Cartero portait sur ses épaules et truffée d’instruments dernier cri.

Sûre d’elle, elle n’avait emporté qu’un pistolet à impulsions. Les autres, moins confiants, avaient sorti les fusils gauss, quant aux trois soldats, ils étaient armés jusqu’aux dents : un igniteur pour Neels et deux gatlings pour les autres.

-« Vous êtes conscients qu’il y a de quoi nous amener là toute une invasion, avec ces engins de débarquement ! Dieu nous en préserve ! » S’écria nerveusement le sergent Banric.

Les « navettes », ou ce qui apparaissait comme telles, ressemblaient à des coques de forme oblongue et n’avaient, pour ainsi dire, pas de train d’atterrissage, de roues, de chenilles ou quoique ce soit d’autre. Elles étaient directement posées au sol. Observant un instant ces engins aux allures de scarabées, Cobbius fut un instant déconcerté de voir que s’ils possédaient bien des portes sur les côtés, celles-ci étaient proportionnellement beaucoup trop grandes et larges pour des humains.

-« Je sens un peu d’activité psychique ici ! Même si les matériaux qui nous entourent déforment mes sens. » Dit elle.

-« Activité de quel genre ? » S’enquit immédiatement Cobbius.

-« Genre résiduelle, un peu partout, et du vivant, par là ! » La jeune femme pointa du doigt une sorte de corridor obscur s’ouvrant sur leur gauche.

-« Bon, et bien on va jeter un coup d’œil par là alors. Hiéron, vous enregistrez tout ! Faîtes moi un beau film de vacances ! »

Ils progressaient depuis environ vingt longues minutes dans ce qui  ressemblait furieusement aux entrailles d’un énorme poisson, quand Rier Neels entreprit enfin de rompre le silence.

-« Merde, c’est plus un couloir, c’est un tunnel de mine ici ! On se croirait dans le train fantôme, sans les trucs qui vous crient et vous sautent à la gueule bien sûr !

-« Et ça ira plus vite si tu économises ton souffle Neels ! Répondit Cobbius. C’est parce que tu as une vague ressemblance avec Roeland que tu dois te sentir obligé de faire de l’esprit ! »

-« Evitez de parler trop fort, ça résonne dans ma radio et ça m’empêche de me concentrer, sauf votre respect à tous les deux ! » Fit la voix de Jana dans les communicateurs.

La télépathe était passée devant, escortée de Banric qui éclairait comme il pouvait ce corridor, ou plutôt ce tube géant, parfaitement cylindrique dans lequel on aurait certainement pu faire tenir un immeuble de cinq étages.

Soudain son faisceau s’arrêta sur des objets ronds posés au sol, sortes de champignons aux reflets métalliques.

-« Tous à terre ! » Cria t’il avant de plonger.

Tous s’exécutèrent dans un balai de sauts périlleux et de vols planés, car en apesanteur, tout était différent, même avec un harnachement sur le dos. Les disques des mines venaient de s’éjecter vers le plafond. Trois, quatre, cinq explosions sourdes illuminèrent la pénombre, et l’espace d’un instant, les radios crachotèrent un mélange d’acouphènes et de parasites.

-« Des blessés ? » S’écria le capitaine, encore couché sur le ventre et les mains sur son casque.

-« non, je ne crois pas ! » Dit Banric en se relevant, balayant du regard l’ensemble de l’équipe.

Buckabàr s’escrimait à arracher un petit éclat métallique solidement fiché dans son plastron, pas plus gros qu’une boîte de cachous, mais semblable à un petit disque aux rebords acérés.

-« Merde, tu disais quoi mec sur ce couloir ? » Fit il à l’adresse de Neels.

-« C’est vivant, et ça pose des pièges, d’accord, nous voilà prévenus ! » Dit Hiéron entre amusement et surprise.

-« Encore ces trucs ! J’y crois pas ! On serait récupérateurs d’épaves, on serait milliardaires ! »

La lampe d’arme du première classe Rier Neels éclairait à présent un autre « hangar », mais de taille beaucoup plus réduite. Quatre astronefs y étaient entreposés, bien que l’un d’eux fut « salement amoché », même selon les critères d’un ferrailleur.

-« C’est bien joli tout ça Jana, mais y a personne ici, personne d’autre que nous ! Ce vaisseau est un tombeau ! » Dit Cobbius.

-« Ce n’est pas ce que je ressens, capitaine, vous me faîtes confiance, oui ou quoi ? » La jeune femme fixait son officier de ses deux perles bleues à travers la visière de son casque.

-« Et puis vous oubliez les mines magnétiques ! » Rajouta Hiéron.

-« Ca vous serait pas venu à l’esprit que le type qui les a posées est mort depuis longtemps ? »

-« possible, probable même ! répondit l’ingénieur. Ca n’exclut par autant qu’il y ait encore du monde ici. Surtout que ces systèmes d’armement me font davantage penser à de la technologie illégale qu’à ce qu’auraient pu concevoir les bâtisseurs de ce vaisseau ! »

-« Vous semblez les admirer ! Grogna Banric. Méfiez vous, ce truc est peut-être un brûlot envoyé par on ne sait quelle race pour nous faire du mal ! »

-« Sincèrement sergent, fit Hiéron en adoptant un ton condescendant, ça m’étonnerait vraiment qu’on se soit donné autant de peine pour simplement construire une bombe téléguidée et… »

-« Silence ! Cria Jana. Je les sens approcher, ils sont là ! »

Rier Neels fut soudain projeté en avant et une silhouette filiforme passa à toute vitesse à travers le groupe. Le cri du soldat et quelques balles tirées instinctivement alertèrent les autres de cette attaque silencieuse. Jana poussa un grand cri, relayé par sa radio, en voyant jaillir de l’obscurité des gueules déformées et garnies de crocs aigus, brillant à la lumière comme du cristal de roche. Avec un instant de retard, les tirs fusèrent et le hangar fut arrosé de tous côtés. Cobbius essuya un coup de mâchoires qui buta violemment contre le plexiglas solide de son casque, il eut le temps de tirer une décharge de balles à bout portant alors que la créature allait abattre ses serres sur son torse.

Ils eurent le temps de voir les monstres, nageant littéralement dans le vide, se regrouper en bande et décrire un arc de cercle avant de fondre dans leur direction. La gatling de Buckabàr fut plus rapide, traversant chair et chitine comme du beurre. Des traînées de sang épais gelèrent aussitôt au contact du froid de l’espace, tandis que la charge était brisée. Prenant un coup de griffe au passage, Junia Cartero décrivit un retourné avant de rebondir contre le sol, emmenée par sa valise de métal. Banric eut le temps de placer quelques tirs bien visés avant que le « banc » ne s’enfuie par l’ouverture béante dans la coque.

Ils purent distinguer des créatures longilignes, aux corps articulés et caparaçonnés s’enfuir dans la nuit spatiale en « nageant » à tout allure.

-« Merde, chié ! » Hurla Neels qui venait d’avoir la peur de sa vie.

-« C’était eux les habitants du vaisseau ? » Dit Buckabàr, les yeux encore écarquillés.

-« Mais non allons ! Ce sont des skélons, vous le voyez bien ! Qu’est-ce qu’on vous apprend à l’école militaire ! » Répondit sèchement Hiéron.

Le soldat se tourna vers lui et le dévisagea aussitôt. Il n’avait jamais trouvé l’ingénieur très sympathique, mais il détestait  tout particulièrement ses remarques rabaissantes. Il bouillonnait intérieurement en sachant que Hiéron le prenait au mieux pour un « bon sauvage », au pire pour un dégénéré complet.

-« Les Tanyssiens n’ont pas le droit à votre « instructionnement », monsieur ! Ou plutôt devrais-je dire « missié Marcus » ! » Dit il sombrement en rechargeant son arme.

Mais le scientifique se contenta de lui adresser un sourire narquois.

-« Surtout ne vous inquiétez pas pour moi, tout va bien, mais je suis très touchée de votre sollicitude ! » S’écria Junia Cartero en se relevant péniblement. La combinaison était déchirée en quatre larges sillons et la couche isolante blanche avait été mise à nue par les griffes du skélon. Le visage de la jeune femme était pâle tout d’un coup, il bleuissait même dangereusement.

-« Merde ! Jura Cobbius. On va tous se regrouper et tâcher de gagner un compartiment étanche, et vite ! »

-« Mauvaise idée ! Intervint Wu. Le froid risque de la tuer avant. Il vaudrait mieux la raccompagner au Deutéronome ! »

-« Jim, je … »

Une douce lumière envahit soudain la salle et un halo d’énergie crépitante referma la cavité béante qui donnait sur l’espace. On aurait dit qu’une immense baie vitrée venait d’apparaître, laissant voir les étoiles à travers sa surface rose bilieuse. En se retournant, le commandant Cobbius vit Hiéron, debout contre la cloison du fond, le bras tendu et la paume à plat dans un réceptacle en forme de main, une énorme empreinte à quatre doigts.

-« Merde Hiéron ! Vous avez fait quoi là ! » Hurla Cobbius en voyant des traînées de gaz brumeux jaillir doucement par des trous dans le sol.

-« Je crois que j’ai rétabli le milieu vital commandant ! L’inspiration de l’artiste ! »

-« Putain Hiéron, plus jamais ça ! » Grommela Harlenn Cobbius en se passant la main dans ses cheveux crépus, le casque posé à côté de lui.

-« Plus jamais d’air ni de cette chaleur agréable, c’est ça ? » Ironisa l’ingénieur en regardant autour de lui, l’air satisfait.

-« On a eu de la chance avec vos conneries. Non mais ça frise l’insubordination ce que vous avez fait ! Imaginez un instant que vous ayez déclenché le système de condamnation du sas, ou je ne sais quoi encore ! M’enfin quoi, je devrais… Roh et puis zut ! »

Le chef opérateur eut un petit rire :

Comme eux, les membres de l’équipe s’étaient délestés de leurs scaphandres, tous rangés impeccablement au pied d’une des « navettes » extra-terrestre. Neels vint vers eux, les bras ouverts :

-« Dîtes commandant ! C’est bien beau tout ça mais qu’est-ce que… »

BLAM ! Le soldat tomba bruyamment en heurtant un obstacle invisible. Il porta la main à son nez ensanglanté, mais tous avaient déjà le regard rivé vers autres chose : une forme massive se dessinait dans l’air, accompagnée d’un crépitement électrique. C’était la silhouette fuselée d’un chasseur bombardier, et peu à peu, le camouflage invisible s’effaçait, laissant apparaître trois pieds d’atterrissage, un blindage peint en noir et une verrière teintée.

-« Merde ! » S’écria Neels en se relevant précipitamment.

-« AVW12 Black Centaur ! S’exclama Hiéron. Pas exactement un modèle courant ! »

-« Et pour cause ! Dit Cobbius. On n’en fabrique que sur les mondes de la Marge ! »

-« Non mais vous allez me dire ce que fout un chasseur de la marge ici, dans ce truc ? » Dit le sergent Banric que faisait le tour de l’appareil en tapant des pieds.

-« Je crois que c’est assez simple, répondit Cobbius, nous avons affaire à des pirates. Surtout avec ce genre de camouflages illicites. »

-« Vous voulez dire qu’ici c’est leur base ? »

-« Non, j’opterais plutôt pour des naufragés, car ici on est loin de tout et ce genre de zingue n’a pas assez d’autonomie pour opérer sur un long rayon d’action. C’est juste bon pour les assauts ou les patrouilles ! »

Le commandant ne pouvait détacher sa vision de l’astronef. Il se retrouvait face à un problème épineux : si pirates de la Marge il y avait, combien étaient ils et quelles étaient leurs forces ?

-« A priori, reprit-il, ce genre d’avions est monoplace ! Nous allons le fouiller pour voir ce qu’il peut nous apprendre et oh ! Doucement les gens ! Ca peut encore resservir, on ne sait jamais ! »

Les trois militaires s’exécutèrent aussitôt. D’un mouvement leste, Banric bondit sur l’aile droite de l’appareil et entreprit d’ouvrir le cockpit. Il enclencha la commande extérieure, mais son geste fut récompensé d’un signal d’alarme strident et d’une secousse électrique.

-« Bordel ! Eteignez moi cette merde ! Plus vite que ça ! » Hurla Cobbius, qui sentait ses dents vibrer et une violente douleur vriller ses tympans.

-« JE-FAIS-CE-QUE-JE-PEUX ! » S’époumona Banric.

Blam ! Un tir salvateur de pistolet à impulsion mit fin au vacarme…

-« Et bien s’il y a encore quelqu’un ici, au moins on est sûr qu’il sait qu’on est là ! » Soupira Hiéron en levant les yeux au ciel.

A présent, que le vaisseau était entièrement rempli d’air, leurs pas résonnaient si fort qu’on aurait dit qu’une armée était en marche à l’intérieur de la nef. La petite équipe du commandant Cobbius comptait un membre de moins pour continuer les recherches, Neels et son nez cassé ayant été laissés en arrière pour surveiller le « Black Centaur ».

Le groupe avait parcouru deux bons kilomètres de couloirs et de salles sans le moindre indice ou signe de vie. Aucune des structures rencontrées ne leur évoquait la moindre fonctionnalité logique, ou familière. Pas de locaux techniques, ils n’avaient rien vu, rien que des colonnes crépitantes montant jusqu’au plafond en guise de cloisons et des alcôves bombées ne contenant plus que de la poussière. Adossé contre une paroi, le sergent Banric profitait de la pause pour rouler une cigarette.

-« Des couloirs en forme de boyaux, des salles en forme de panses avec des crêtes bizarres au milieu. Ca ressemble furieusement à une randonnée en enfer notre histoire ! »

-« Arrêtez donc de mêler Dieu et Satan à tout ça, Banric ! Soupira Cobbius. Franchement, le Prince des ténèbres serait très vexé que vous l’assimiliez à un vaisseau aussi petit, on voit que vous n’avez encore jamais vu de cuirassé porte escadre de l’Union ! »

-« En effet, commandant ! Non ! »

-« Moi je ne suis pas fatiguée, je vais voir par là ! » Dit Jana en se dirigeant vers une cavité obscure.

-« D’accord, mais vous ne vous éloignez pas de plus cent mètres ! »

La jeune femme n’était pas partie depuis deux minutes qu’un cri étouffé retentit dans le tunnel ; Banric se releva en sursaut tandis que Buckabàr courait, arme brandie. Ce qu’il vit le stoppa net : Jana était suspendue dans les airs, ou plutôt plaquée contre le plafond par quelque force invisible. Son visage semblait écrasé par une main et elle lançait des regards de détresse d’un côté et de l’autre, paralysée et incapable de crier. Les autres firent irruption, mais ils se remirent de leur surprise, le Tanyssien fouilla l’obscurité de ses yeux acérés.

-« Bordel, il se passe quoi ! » Hurla Banric en cherchant l’ennemi avec le faisceau de sa lampe.

-« Il est là, je le vois ! » Buckabàr désignait une silhouette qui reculait rapidement vers l’autre extrémité du couloir. L’intrus, qui portait un scaphandre près du corps, avait le corps gracile et des membres très longs, trop longs  et trop fins pour un humain. Une tignasse de cheveux gris et hirsutes se dressait sur sa tête comme une véritable crinière, et Buckabàr aurait juré que la créature avait deux gros yeux de mouche sur son visage lisse.

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22 novembre 2006

Le rire du lance-flammes

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Ce roman de Serge Brussolo offre une science-fiction très particulière, avec, comme toujours, un ton impitoyable et une absence totale d'autocensure de la part de cet auteur génial. Ce qui devait être une simple lecture d'agrément est devenu un excellent souvenir en matière de lecture en ce qui me concerne, je ferai donc partager ici certains de mes coups de coeur littéraires.

L'histoire:

Sur Pyrania, colonie lointaine de la Terre, les lois de la physique sont distordues: la moindre étincelle peut donner naisance à des incendies puissants qui peuvent durer des mois. L'eau est impuissante à endiguer ceux-ci et les pompiers envoyés par la métropole sont impuissants à les combattre, ils sont la caste des combattants du feu inutiles sur un monde qui les méprise... Les retombées de fumée noire et les pluies polluées marquent la peau des colons de manière indélébile, les plus riches se cloîtrent chez eux et ne sortent qu'avec des combinaisons complètes tandis que les pauvres, se défendant des calamités du ciel à l'aide haumes et de pardessus en papier et carton, sont condamnés irrémédiablement à être marqués... Une nouvelle race de mutants est née de ces pluies, les mélanos, les parias d'entre les parias!

Maude Santala, une policière, est chargée de mener l'enquête sur les incendies criminels qui ravagent la ville et sur les méfaits supposés des mélanos. Elle est vite la cible d'un chantage de la part de Magôn, chef d'un groupuscule d'extrême droite qui traque les nouveaux mutants et lutte contre tous ceux qui profitent des incendies: celui-ci détient son fils, parti de la maison pour rejoindre la brigade des ramasseurs d'étincelles.

Avec son compagnon David, un pompier, elle ira jusque de l'autre côté des paravents protecteurs pour pousser ses investigations sur la caste très particulière des forgerons. Elle tâchera d'établir la vérité sur la légende de la bête ignivome, ce dragon dont le sang peut seul éteindre le feu pyranian et dont le cri ressemble au rire d'un enfant. Malheureusement, elle découvrira bien vite que personne n'a intérêt sur cette planète à ce que cessent les incendies...

Un décorum unique:

Outre l'histoire policière, qui est prétexte à présenter un monde original et fouillé, c'est la description de Pyrania et les aspects de cet univers qui savoureux à découvrir! Sur Pyrania, les villes sont mobiles: la menace des incendies a obligé les hommes à construire des immeubles sur chenilles que l'on éloigne du brasier depuis un poste de pilotage. Les fumeurs sont obligés de se donner rendez-vous dans des lieux cachés pour s'adonner à leur dépendance, tandis que les plus riches se réunissent dans d'étranges clubs fermés où les convives sont arrosés en permanence par des douches, afin d'oublier la saleté et la moîteur du monde extérieur. Sur Pyrania aussi, il est interdit aux parents de s'opposer à la vocation professionnelle de leurs enfants car on a toujours besoin de pompiers et de ramasseurs d'étincelles pour prévenir les incendies. L'apparition de nouvelles espèces humaines revisite le problème du racisme sur un monde ou le feu a transformé les forgerons en être dépendants de lui!

Conclusion: de la SF en jean/baskets sans vaisseaux ni technologie avancée mais bourrée de bons concepts. A lire, d'autant que ces colections de poche ont l'avantage d'être relativement bon marché et disponibles à peu près partout!

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27 octobre 2006

Galaxia Barbarica: la galerie

J'ajoute une nouvelle galerie de dessins (encore une) pour l'univers de science fiction co créé avec Fred et Titus qu'est "Galaxia Barbarica", un univers épique où les empires s'affrontent dans une galaxie en convalescence. Un des axes majeurs de cet univers est la lutte éternelle qui oppose la race humaine à celle des Syrakans, autrefois maîtres de la Galaxie et nostalgiques de leur gloire passée.

Les plus mangaphiles apprécieront sans doute les quelues essais de machines de guerre de l'hégémonie syrakane que j'avais réalisés à mes moments perdus avant que ce blog ne prenne forme (1 mois d'outreplan déjà et oui!).

guerrier_VI_Sythus125

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29 septembre 2006

L'Utopie des Magonians

Nouvelle parue sur les brèves du crépuscule et téléchargeable en format PDF, ici. Sur le thème d'une image de vaisseau, fort belle d'ailleurs, qui m'a rappelé cette légende tenace des navires céleste, au début du Moyen-Age et de leurs matelots, les sorciers tempestaires dit "Magonians".

Le texte était plus fleuri à la base, mais devait répondre à un nombre de signes maximum, j'ai sacrifié quelques descriptions et procédé à des "coupes sèches. bonne lecture!

image

L’utopie des Magonians

L’arche glissait doucement sur l’écume du ciel inconnu. Les volutes des nuages paraissaient comme les remous d’une mer agitée, pourtant la course de l’Arche n’était en rien perturbée, elle était le vaisseau de force et d’espérance du peuple magonian, et en tant que tel n’avait nullement besoin d’un nom, elle était l’Arche, et son existence se suffisait à elle-même.

Dans la lueur du soleil naissant, on reconnaissait les voilures des nefs célestes qui allaient sous peu assurer la renaissance du peuple magonian sur la Terra incognita.

L’œil rendu brillant par l’émotion, le roi guide Batanaël Magônius, maître du vaisseau, détailla son peuple assemblé sur la passerelle. Un grand sourire se dessina sur son visage barbu et encore jeune d’apparence, qui renvoyait une grande détermination. Il leva son verre pour entonner le discours tant attendu :

-« Amis, parents, membres prestigieux du peuple magonian ! L’Arche, à travers les périls, nous a menés tous, du plus faible des vieillards au combattant le plus aguerri, à notre objectif ! Bénie soit l’Arche ! »

-« Bénie soit l’arche ! » reprirent à l’unisson les Magonians, d’une voix plus basse mais très assurée.

-« Un nouvel espoir est en marche pour notre peuple ! D’ici quelques heures, nous aurons rétabli le premier contact avec notre ancien dû si longtemps privé de notre savoir et de notre lumière, laissé à lui-même durant tous ces siècles  où nous avons connu le fléau de la guerre, de l’esclavage et de la régression !

Nous avons échappé à l’extermination la plus totale, nous avons affronté la nuit galactique et les cauchemars qui s’y tapissent : ils ont pris forme physique pour mieux nous détourner, nous effrayer et nous détruire. Mais ils ont oublié que l’humain a ceci de supérieur à l’inhumain qu’il est doté de la force du cœur ! Oui ! Contrairement aux hordes sans âmes des Xeners, nous sommes prêts à mettre en jeu et sacrifier mille des nôtres pour en sauver un seul en perdition ! Oui, contrairement à l’empire théocratique de Pan Tang, nous croyons en l’humain et non en l’idée, car l’humain est notre idée et notre supériorité ! Ils ont cherché à nous faire disparaître et à faire taire notre identité, mais aujourd’hui, nous allons encore prouver que le peuple de Magonie peut toujours renaître, aujourd’hui, la renaissance de notre peuple va rallier un nouveau monde ! Bénie soit l’arche ! »

Les mots étaient forts et justes, et comme toujours, ils enflammèrent aussi sûrement que le vin l’esprit des Magonians. Tous acclamèrent et nombreuses furent les larmes versées.

Le seigneur Batanaël laissa s’écouler quelques instants avant de reprendre la parole, afin que celle-ci soit parfaitement entendue par son peuple.

-« Pour rallier la terre inconnue à notre nation, je n’ai pas trouvé personne plus compétente que ma propre fille Adonie, qui sera escortée par les enfants des plus vertueux d’entre vous ! »

Un groupe de jeunes gens s’avança, tous revêtus de la combinaison des navigateurs, Adonie, qui arborait la même chevelure rousse que le seigneur Batanaël, fut la première à s’incliner.

-« Père, dit elle, je reconnais en votre décision l’expression de votre sagesse. Car si je devais échouer, assurément, mon sacrifice honorerait notre cause en tant que votre fille. Toutefois, je pense avoir sous mes ordres pour cette mission les meilleurs, la fine fleur du peuple magonian. Dans tous les cas, je ne vous décevrai pas ! »

Le groupe gagna sous les bravos les silos d’embarquement, la tête haute et le cœur battant. Ils étaient les héros d’un âge nouveau, dans un extrême futur qui appartiendrait certainement aux enfants de Magonie, on conterait encore leur histoire.

La nef quitta les flancs protecteurs de l’Arche pour glisser à son tour sur les flots de l’atmosphère. Elle était bien petite par rapport au vaisseau mère : elle ne transportait que l’avant-garde de ce qui allait être un nouvel âge de civilisation pour les ignorants. L’Arche, elle, était bien plus qu’un vaisseau, elle était l’asile des Magonians, le symbole de la survivance humaine contre tous les périls, tous les ennemis éternels. Mais l’humanité, c’était la vie, la forme de vie que l’univers avait prévu dans ses plans pour prendre conscience de sa propre existence.

« C’était maintenant aux inhumains de connaître le déclin et la peur de disparaître ! » Pensa Adonie les yeux perdus dans les reflets légers des lumières du poste de pilotage sur le hublot extérieur. Mais c’était au-delà que portait son regard : sur les masses sombres des continents, en contrebas ; sur certains on pouvait déjà deviner des chaînes de montagnes et des grandes forêts. Pourtant un doute la rongeait quant au succès immédiat de leur mission, mais elle ne devait en aucun cas le montrer : elle incarnait plus que la raison du chef, c’était tout l’espoir des Magonians qui reposait sur ses épaules.

-« Tu réfléchis à ce que tu vas bien pouvoir leur dire, c’est ça ? » Dit Cantur, le jeune fils du liturge Adénatir, qui avait pris les commandes pour la descente en atmosphère.

Adonie, tirée de sa torpeur, le détailla de ses yeux clairs, c’était un jeune homme sec, élancé, mais assurément beau, avec un visage respirant la joie de vivre.

-« Oui en effet ! Dit elle. Le retard de cette colonie est préoccupant, l’ennemi éternel l’a privée de toute mémoire collective, et leur croyance exclusive en un seul dieu omnipotent ne risque pas de faciliter les choses. »

-« Nous avons confiance, la lumière de Magonie est en toi, la mission connaîtra le succès grâce à toi ! » Lui répondit Cantur, avec un sourire qui se voulait charmeur pour appuyer son compliment.

-« Hum, j’aimerais partager ton enthousiasme Cantur, mais il ne faut pas se leurrer, une population si longtemps isolée et maintenue dans l’obscurité ne va pas se libérer du jour au lendemain. Il nous faudra sans doute jouer de patience et de diplomatie !... »

La nef avait abordé la terre inconnue, elle se balançait, légère, ses voilures ondulant et frémissant doucement au gré des vents chaleureux de la saison printanière.

Sur cette « Terre » arriérée, la saison des grands travaux agricoles avait commencé et nul doute que les paysans allaient être fort nombreux dans les champs. D’ailleurs, le groupe s’avançait vers des silhouettes humaines présentes à plus de deux cents mètres de leur position, mais clairement visibles dans le vallon déboisé qu’ils avaient choisi. Cette Terre inconnue recelait de nombreux espaces redevenus sauvages et il n’était pas si simple de trouver ne serait-ce qu’un hameau habité ici.

Les scaphandres d’exploration, légers, argentés et près du corps les faisaient nager dans les airs tels des plongeurs expérimentés dans les flots d’une mer calme. Seule se distinguait Adonie avec une tenue couleur or et porphyre, comme il  convenait à la propre fille du roi guide. Comme tous les autres, elle portait une arme, placée en bandoulière toutefois, là où Emeris, un de ses trois compagnons, la portait à la main, visiblement rendu un peu nerveux par l’univers étranger de cette planète.

-« Doucement ! Que personne ne se sépare ! Et pas de brutalité, ces gens n’ont aucune instruction, alors inutile de les provoquer. Si ce sont de vrais enfants de Magonie, ils nous reconnaîtront comme étant de leur engeance, vu ? »

Les paysans s’enfuirent comme un vol de moineaux à leur approche, poussant toutes sortes de cris. Pouvait il en être autrement ? Emeris pointa son arme vers eux, mais Adonie retint son bras.

-« Non ! Laisse les ! Nous devons avant tout établir un contact avec les élites locales, ce genre de réaction est tout à fait normale et prévisible ! »

-« Normale et prévisible dis tu ? Moi je n’aime pas ça du tout ! »

-« Approchons nous de leur village et marchons comme eux, ils verront que nous sommes tout ce qu’il y a de plus humain ! » Dit elle.

La suite se déroula d’une manière tristement prévisible. En vérité les paysans les attendaient dans le bourg, regroupés afin de faire face aux intrus ! Ils les avaient laissé marcher jusqu’à la place du marché, puis les avaient chargés à l’aide pierres, de fourches de gourdins et de fauchards.

-« Laissez les en vie ! Avait ordonné le sergent d’armes qui avait préparé l’embuscade. Notre seigneur doit juger les tempestaires ! Nous ne les retiendrons pas, c’est village chrétien ici ! »

Laissés en vie et prisonniers, on les avait menés en ville sous les insultes de la foule, les barreaux de bois de la charrette ne les avaient qu’à peine protégés des immondices jetés par la populace. La tête du jeune Melvius saignait abondamment, le cuir chevelu entamé par un jet de pierre haineux.

-« Sorciers ! Voleurs ! Suppôts de Satan ! Démons ! » S’étaient ils entendus dire. Mais assurément, ces gens se trompaient, terrifiés par une technologie qui leur était inconnue, ils n’avaient aucunement conscience des vrais démons qui eux se tapissaient dans les replis obscurs entre les étoiles !

On les avait fait s’incliner devant le juge royal, Maistre Fanchon qui rendait les décisions capitales pour la ville de Lyon.

Fanchon scrutait, l’air hautain les trois hommes et la femme qu’on lui avait amenés. Leur langage étrange et leur attitude les trahissaient aussi sûrement que leurs accoutrements diaboliques, sortes de peaux écailleuses comme celles de poissons. En dix sept ans de carrière, il avait envoyé au supplice nombre de blasphémateurs, hérétiques, suivants du démon ou encore des avorteuses, mais là, il exultait intérieurement : il avait là les tempestaires, les hommes du ciel qui déclenchaient les calamités et pillaient le produit du travail des pauvres. Il se frotta nerveusement les mains gantées de noir, et s’adressa aux accusés :

-« Votre cas est complexe, votre interrogatoire sera long je le crains pour vous, car cette cour est très intéressée par tout ce qui concerne vos méfaits. Mais avant cela, nous attendrons l’arrivée d’un homme de bien, serviteur du seigneur tout puissant, son éminence l’archevêque Agobard ! »

Nuitamment, on reconduisit les accusés à la porte sud de la ville, en silence et sous les lueurs des lampions des hommes du guet. On craignait sans doute encore quelque mouvement de colère d’une populace sensée respecter le couvre-feu …

Les quatre individus n’étaient pas coupables, et Maistre Fanchon, penaud, les regarda s’éloigner sous l’escorte sûre de ses propres hommes… Comment avait il pu, lui, un lettré, un homme de raison et de justice se laisser abuser par les superstitions ? On pardonnait leur violence aux paysans de par leur inculture. Mais lui n’avait pas fait mieux. L’archevêque Agobard, qui se tenait derrière lui, avait démonté un à un les arguments de l’accusation et finalement démontré que les Magonians, les « sorciers du royaume du ciel », n’existaient pas et que les accusés, aussi étrangers soient ils à la région, étaient innocents.

-« Voyez vous Fanchon ,dit le prélat, de tels êtres ne peuvent exister car leur existence diminuerait assurément la toute puissance de Dieu, et cela nous ne pouvons l’admettre. Il est de notre devoir de guider les humbles vers la voie de la religion et non de la superstition, ne prenez pas ce procès comme un échec mais comme une leçon dispensée par un maître indulgent! »

La nef avait finalement réintégré l’Arche et Batanaël avait écouté attentivement le terrible récit de ces évènements. Sa conclusion fut sans appel :

« Cette « Terre » n’est pas prête à recevoir notre lumière, il va nous falloir retrouver d’autres de nos anciennes mondes, mieux disposés envers le changement. Nous ne reviendrons ici que plus tard afin d’observer et prélever les quelques individus nécessaires au renouvellement de notre sang ! Puissent ces pauvres hères sortir un jour de la nuit ! »

Note : Agobard (vers 779-840) est archevêque de Lyon en 814 et s’est attelé toute sa vie à combattre les superstitions. Homme cultivé il est l’auteur de vingt-deux livres. Mon récit s’inspire d’un authentique cas qui lui a été soumis.

Posté par napalmdave à 18:45 - Science fiction - Commentaires [0] - Permalien [#]
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